L’utilisation d’outils mécaniques améliore nos compétences linguistiques, selon une étude –


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  • Notre capacité à comprendre la syntaxe de phrases complexes est l’une des compétences linguistiques les plus difficiles à acquérir. En 2019, des recherches avaient révélé une corrélation entre être particulièrement compétent dans l’utilisation des outils et avoir une bonne capacité syntaxique. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’Inserm, du CNRS, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et de l’Université Lumière Lyon 2 en collaboration avec le Karolinska Institutet en Suède, vient de montrer que les deux compétences reposent sur les mêmes ressources neurologiques, situées dans la même région du cerveau. . De plus, l’entraînement moteur à l’aide d’un outil améliore notre capacité à comprendre la syntaxe de phrases complexes et – vice-versa – l’entraînement syntaxique améliore notre maîtrise de l’utilisation d’outils. Ces résultats pourraient être appliqués cliniquement pour soutenir la réadaptation des patients ayant perdu certaines de leurs compétences linguistiques.

    Cette étude est publiée en novembre 2021 dans la revue Science.

    Le langage a longtemps été considéré comme une compétence très complexe, mobilisant des réseaux cérébraux spécifiques. Cependant, ces dernières années, les scientifiques ont revisité cette idée.

    La recherche suggère que les zones du cerveau, qui contrôlent certaines fonctions linguistiques, telles que le traitement du sens des mots, sont également impliquées dans le contrôle de la motricité fine. Cependant, l’imagerie cérébrale n’avait pas mis en évidence de tels liens entre le langage et l’utilisation d’outils. Paléo-neurobiologie[1] a également montré que les régions cérébrales associées au langage avaient augmenté chez nos ancêtres pendant les périodes de boom technologique, lorsque l’utilisation d’outils s’est généralisée.

    Face à ces données, les équipes de recherche ne pouvaient s’empêcher de se demander : et si l’utilisation de certains outils, impliquant des mouvements complexes, reposait sur les mêmes ressources cérébrales que celles mobilisées dans des fonctions linguistiques complexes comme la syntaxe ?

    Exercices de syntaxe et utilisation de pinces

    En 2019, le chercheur Inserm Claudio Brozzoli en collaboration avec la chercheuse CNRS Alice C. Roy et leur équipe avaient montré que des individus particulièrement compétents dans l’utilisation des outils étaient aussi généralement plus aptes à manier les subtilités de la syntaxe suédoise.

    Afin d’approfondir le sujet, la même équipe, en collaboration avec la chercheuse CNRS Véronique Boulenger[2], a développé une série d’expériences reposant sur des techniques d’imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ou IRM) et des mesures comportementales. Les participants ont été invités à réaliser plusieurs tests consistant en un entraînement moteur à l’aide de pinces de 30 cm de long et d’exercices de syntaxe en français. Cela a permis aux scientifiques d’identifier les réseaux cérébraux spécifiques à chaque tâche, mais aussi communs aux deux tâches.

    Ils ont découvert pour la première fois que le maniement de l’outil et les exercices de syntaxe produisaient des activations cérébrales dans des zones communes, avec la même distribution spatiale, dans une région appelée les « noyaux gris centraux ».

    Formation cognitive

    Étant donné que ces deux types de compétences utilisent les mêmes ressources cérébrales, est-il possible d’en former une pour améliorer l’autre ? L’entraînement moteur avec la pince mécanique améliore-t-il la compréhension de phrases complexes ? Dans la deuxième partie de leur étude, les scientifiques se sont penchés sur ces questions et ont montré que c’était bien le cas.

    Cette fois, les participants ont été invités à effectuer une tâche de compréhension syntaxique avant et après 30 minutes d’entraînement moteur avec la pince (voir encadré pour les détails de l’expérience). Grâce à cela, les chercheurs ont démontré que l’entraînement moteur avec l’outil améliore les performances dans les exercices de compréhension syntaxique.

    De plus, les résultats montrent que l’inverse est également vrai : formation des facultés de langage, avec des exercices pour comprendre des phrases à structure complexe, amélioration des performances motrices avec l’outil.

    Les scientifiques réfléchissent maintenant à la meilleure façon d’appliquer ces résultats dans le cadre clinique. “Nous élaborons actuellement des protocoles qui pourraient être mis en place pour soutenir la réhabilitation et la récupération des compétences linguistiques des patients aux facultés motrices relativement préservées, tels que les jeunes. avec des troubles du développement du langage. Au-delà de ces applications innovantes, ces résultats nous donnent également un aperçu de l’évolution du langage au cours de l’histoire. Lorsque nos ancêtres ont commencé à développer et à utiliser des outils, cette compétence a profondément modifié le cerveau et imposé des exigences cognitives qui ont pu conduire à l’émergence de certaines fonctions comme la syntaxe », conclut Brozzoli.

    Entraînement moteur et exercices de syntaxe

    L’entraînement moteur consistait à utiliser la pince pour insérer de petites chevilles dans des trous qui correspondaient à leur forme mais avec des orientations différentes.

    Les exercices de syntaxe qui ont été réalisés avant et après cette formation consistaient à lire des phrases avec une syntaxe simple, comme « Le scientifique qui admire le poète écrit un article » ou avec une syntaxe plus complexe, comme « Le scientifique que le poète admire écrit un article.” Ensuite, les participants devaient décider si des déclarations telles que “Le poète admire le scientifique” étaient vraies ou fausses. Les phrases avec le pronom relatif d’objet français « que » sont plus difficiles à traiter et donc les performances étaient généralement plus faibles.

    Ces expériences montrent qu’après l’entraînement moteur, les participants ont mieux réussi avec les phrases considérées comme plus difficiles. Les groupes témoins, qui ont effectué la même tâche linguistique mais après un entraînement moteur à mains nues ou sans entraînement du tout, n’ont pas montré une telle amélioration.

    Remarques:

    [1] Un domaine dans lequel les scientifiques étudient l’évolution de l’anatomie du cerveau de nos ancêtres.

    [2] Le Centre de recherche en neurosciences de Lyon (Inserm/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1) et le laboratoire Dynamique du langage (CNRS/Université Lumière Lyon 2) sont impliqués dans ces découvertes.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur web depuis 2009 et webmestre depuis 2011.

    Je m'intéresse à tous les sujets comme la politique, la culture, la géopolitique, l'économie ou la technologie. Toute information permettant d'éclairer mon esprit et donc, le vôtre, dans un monde obscur et à la dérive.

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