Taedium

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  • J’étais au marché pour acheter des tomates pour la sauce de ma pizza. En revenant, j’ai assisté à une scène étrange, certains ont compris ce qui se cachait derrière et ils ont fait semblant de ne rien voir. Une femme traversait la route et au milieu, elle s’est arrêté nette, créant une impression d’hésitation. Avec les voitures qui arrivaient à toute allure, un tireur de pousse-pousse de l’autre coté se précipite, pousse la femme et la sauve in extrémis.

    Un rassemblement se fait, des cris de part et d’autre, certains lui reprochant son inconscience de ne pas regarder avant de traverser, d’autres hurlant sur les chauffards qui sont des assassins en puissance. Mais comme j’ai assisté à toute la scène, un coup d’oeil m’a suffit pour comprendre que l’hésitation était feinte quand elle était au milieu de la route. Elle voulait en finir et à part quelques personnes, tout le monde n’y a vu que du feu.

    Ces personnes ont fait comme moi, rien dit et rien fait, nous avons continué notre vie. C’était une belle femme, bien roulée, bien habillée, le genre qui va dans un bureau luxueux, passer des appels importants et roulant dans une Porsche Cayenne. Et si cette femme voulait en finir, alors c’est son choix. Je l’ai répété à plusieurs reprises, mais le suicide est le droit le plus fondamental de toute être humain.

    On peut penser que la société va très mal, considérant que cette femme, symbole de la réussite, n’avait plus rien à espérer et elle attendait patiemment d’être fauché et broyé par un semi-remorque qui arrivait à 120 km/h. Votre vie ne vous appartient pas, vous ne naissez pas libre en venant au monde. Vous êtes enchainé à la société, à votre famille, votre religion, votre pays, votre ville et même vos maladies. L’humain est un animal enchainé de sa vie jusqu’à sa mort.

    Mais la mort donne une liberté de partir semblable à nulle autre. On ne doit jamais intervenir quand quelqu’un veut partir, car cela incarne le fascisme dans sa forme la plus pure. La seule liberté qui existe chez un individu, vous la lui enlevez, car vous pensez mieux que lui. Sans doute que vous êtes passé par les mêmes étapes d’agonie mentale et de nuits blanches de cette femme avant de choisir la liberté ultime. Mais non, vous n’êtes qu’un péquenot qui s’accroche à la vie par tous les moyens et qui pense que tous les autres sont atteints par la même maladie mentale.

    Les quelques personnes, avec leur éclair de lucidité, sur ce qui se passait vraiment, sans doute, qu’ils n’ont pas eu la même pensée philosophique. Mais en même temps, en post-crise, le suicide est aussi courant que d’aller acheter des tomates pour une sauce le matin. Il y a avait de la déception dans le regard de la femme après qu’on l’ai sauvé. Des nuits de préparation, des journées entières à y penser et le destin dit non sous la forme d’un tireur de pousse-pousse. Décidément, Dieu aime bien rigoler.

    Elle retentera le coup, loin des yeux des bienpensants, car la beauté de la mort est qu’on peut trouver mille façons et mille coins pour l’embrasser à pleine bouche. Au milieu d’une foule pour exprimer sa foi, dans un lit Ehpadien quand on voit une injection de Rivotril ou dans la pénombre d’une chambre abandonnée quelque part dans la nuit.

     

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur web depuis 2009 et webmestre depuis 2011.

    Je m'intéresse à tous les sujets comme la politique, la culture, la géopolitique, l'économie ou la technologie. Toute information permettant d'éclairer mon esprit et donc, le vôtre, dans un monde obscur et à la dérive.

    Je suis l'auteur de plusieurs livre

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