Libra est le vrai Bitcoin qu’on attendait

Malgré un scepticisme ambiant, la monnaie Libra est le vrai Bitcoin qu’on attendait. L’idée de base est excellente. Reste à voir son déploiement.


Malgré un scepticisme ambiant, la monnaie Libra est le vrai Bitcoin qu'on attendait. L'idée de base est excellente. Reste à voir son déploiement.
Crédit : Marvin Washington/Artstation

Libra est l’ambition de Facebook de devenir aussi puissant qu’un Etat. Cela fait la une des journaux et tout le monde, même les attardés mentaux, en parlent. Facebook a annoncé le lancement d’une monnaie virtuelle nommée Libra. Et comme je suis fier d’être un attardé, autant en parler pour faire des vues.

Le concept de Libra

Vous pouvez lire le papier blanc de Libra pour en savoir plus. Mais en gros, c’est une Stablecoin alimenté par une Blockchain crée à partir de zéro. Facebook introduit aussi un nouveau langage de programmation appelé Move. La Blockchain est conçu pour être très flexible, sécurisée et fiable. Après tout, si Facebook envisage de gérer les transactions de 4 milliards de personnes, alors ça a intérêt à dépoter grave.

Et quand on regarde le projet, il est vraiment alléchant. Et n’en déplaise aux escrocs qui s’intéressent encore au Bitcoin, Libra remplit plusieurs promesses proposées par le papier de Satoshi. Le Bitcoin et tous les autres cryptomonnaies sont des produits financiers.

Des produits dérivés dont le seul objectif est la spéculation. Même si le prix du Bitcoin peut augmenter ou baisser, son adoption par les gens lambda est quasiment proche de zéro. C’est typique d’un produit financier utilisé dans une bulle spéculative. Vous pouvez hurler comme des putois, mais c’est un fait.

Le potentiel de Libra comme une monnaie

On peut regarder le potentiel financier et monétaire de Libra en se posant la même question, posée par la Banque des règlements internationaux (BRI), considérée comme la Banque des banques centrales lorsqu’elle a publié son rapport sur les cryptomonnaies. Parmi les principaux critères d’une monnaie, on l’autorité d’un Etat comme le garant du pouvoir de délivrance et l’adoption par les agents économiques dans un système donné.

Dans le cas de la Libra, il n’a pas ce critère étatique et c’est normal. Facebook ne veut pas en faire une monnaie à part entière. Mais une monnaie qui lui permet de se superposer sur d’autres monnaies afin de grappiller quelques miettes au passage. Comme c’est une Stablecoin, cela signifie que sa valeur intrinsèque est garantit par un panier de devises. Libra n’a pas mentionné lesquelles, mais on peut parier que le dollar américain, l’euro, le yen ou le yuan pourrait être dedans.

C’est la moyenne de ce panier qui déterminera le taux de Libra. Cela permettra à la fois de minimiser les fluctuations des prix et d’avoir une monnaie stable. Il ne faut pas oublier que les Américains ont poussé agressivement les Stablecoin puisqu’ils savent que le dollar américain sera forcément utilisé, partiellement ou exclusivement, pour les garantir.

La France sent le rance sur la Libra

Même si l’aspect étatique va bloquer Libra. Car il faudra qu’elle gère toutes les législations mondiales et les réticences sont déjà nombreuses, quelques heures après l’annonce. Quand Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie a tempêté que Libra n’est pas une monnaie souveraine, on sent que le mec n’a même pas lu le papier blanc de cette monnaie, car le mot souveraineté n’est même pas dedans. Promouvant l’innovation et la technologie, mais aussi passéiste qu’un babouin abêtissant qui babille son lot d’insanité pour avoir son heure de gloire.

En sachant que les monnaies souveraines ne craignent rien puisque la Libra se basera justement sur elle pour calculer son taux. Le seul avantage de Libra est que les transactions ne couteront plus une fortune sans oublier la facilité d’utilisation.

Mark Carney, gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre a simplement averti que Libra devrait être scruté très soigneusement, car un produit financier, avec une telle base d’utilisateurs, deviendra immédiatement systémique. Même son de cloche chez les Schleus comme Markus Ferber, membre du parlement Européen, en disant que Libra pouvait permettre à Facebook de devenir une banque de l’ombre. Décidément, l’Europe est en arrière de plusieurs décennies. Plutôt de soutenir l’innovation quitte à se prendre une bille, on attend encore et encore.

L’adoption massive de Libra

Pourquoi les gouvernements et les analystes ont tellement peur de Libra. On a juste un papier blanc, quelques notions vagues sur la description de cette monnaie. Le problème est que quand vous avez le monopole absolu sur 4 milliards d’utilisateurs, alors même un produit fait à l’arrache peut perturber un système en place.

Et c’est sur ça que Facebook va jouer. Sa monnaie n’est pas très différente de toutes les arnaques qu’on voit à longueur de journée sur le secteur des cryptomonnaies. Et les Stablecoins, il y en a une pléthore. Le principal souci, qui provoque une incontinence urinaire chez de nombreux détracteurs, est que Libra remplit parfaitement le second critère de la monnaie qui est l’adoption de masse. Même si une monnaie n’est pas garantie par un Etat légitime, il suffit que tout le monde l’utilise pour qu’elle devienne une entité par défaut légitime.

Libra est pour la forêt vierge des non bankarisés

Facebook, 1,4 milliards, Whatsapp, 1 milliard, Messenger 1 milliard et Instagram, 1 milliard. On est déjà à 4 milliards. Mais imaginons que Libra soit un échec et qu’il n’y a que 10 % qui l’utilise, ça fait quand même 400 millions de personnes, soit à peine moins que toute la population européenne.

Malgré un scepticisme ambiant, la monnaie Libra est le vrai Bitcoin qu'on attendait. L'idée de base est excellente. Reste à voir son déploiement.

De plus, quand on lit le papier blanc de Libra, on dirait que la monnaie a été crée pour des pays comme l’Inde. L’aspect non bankarisé est pas mal mis en avant. Facebook sait qu’il fera face à une grosse résistance en Occident avec des régulations en place. Mais dans des pays comme l’Inde et des continents comme l’Afrique, ça peut faire très très mal. Le flux financier des migrants est évoqué dans Libra. Et comme ces pays sont connus pour leur instabilité monétaire, cela peut être suffisant pour les convaincre d’adhérer à Libra.

Des critères de réussite pour Libra

Pour tenir la promesse du Bitcoin, Libra devra faire une chose en priorité. Que la transaction se fasse avec le minimum de frictions possibles. Si moi, attardé vivant à Madagascar, veut envoyer 100 libras, qui valent 10 dollars, à Shenzeng en Chine, alors cela doit être rapide, mais surtout la commission de transfert doit être minimale.

Si Libra arrive à le faire, alors elle aurait déjà gagné. Ainsi, les passéistes vont dire que c’est le cas de Paypal. Mais Paypal n’est valide que pour les pays riches. Il ne dessert pas de nombreux pays pauvres à cause de raisons aussi connes que médiocres. Même si le transfert est plus ou moins rapide, allez, on va dire 24 heures et que la commission de transfert reste en dessous de 1 %, alors cela fonctionnera aussi. Un autre critère, tout aussi essentiel, est la conversion de Libra en devises locales. Sinon cela ne servira à rien.

Malgré un scepticisme ambiant, la monnaie Libra est le vrai Bitcoin qu'on attendait. L'idée de base est excellente. Reste à voir son déploiement.

Les virements bancaires coutent une blinde, moi, je débourse 30 dollars pour un virement depuis l’étranger à Madagascar. Donc, ouais, moi, je signe tout de suite et je l’ai déjà fait pour Libra. Mais si la transaction n’est pas facilité au maximum indépendamment des frontières, alors c’est mort. Si la commission est élevée, c’est mort. S’il n’y a pas de conversion en devise locale, c’est mort.

Il faudra aussi avoir des procédures d’authentification aussi solides que celle des banques. Facebook peut le faire dans son écosystème avec Whatsapp, Instagram ou Messenger. Mais on pourra avoir un portefeuille Libra sans passer par Facebook. Ce dernier l’a confirmé, mais il faudra fournir des documents gouvernementaux pour prouver son identité.

Désolé, Google

Sur les entreprises qui ont déjà embarqué avec Libra, on a Mastercard, Visa, Stripe, Lyft, Uber, Spotify, Illiad, Coinbase, etc. Cela semble mauvais pour une monnaie vraiment mondiale, car ce sont des entreprises principalement occidentales. Aucune entreprise chinoise, indienne ou africaine dans le lot ce qui annonce un genre de néo-colonisation financière dans ces continents.

Mais les plus grands absents sont les autres GAFAM. Amazon, Apple, Microsoft et Google n’ont pas été conviés à la fête. Et le plus grand perdant est Google, car il rivalise dans le même secteur. Libra nous montre que vous pouvez créer du vent, car pour le moment, c’est juste du vent. Mais que c’est du vent est porté par 4 milliards de personnes, alors cela peut devenir un cyclone qui peut tout emporter sur son passage. Google a tout perdu dans l’histoire, car il a totalement dédaigné la Blockchain.

N’oublions pas que David Markus, chargé de la Blockchain chez Facebook, a rejoint le bouzin en 2018. Et il n’avait qu’une équipe d’une dizaine de personnes. Mais au moins, Facebook a exploré cette piste. Chez Google, il n’y aucun projet connu de la Blockchain ou d’une monnaie virtuelle.

C’est d’autant plus con, car avec son monopole sur la publicité en ligne, il aurait pu faire quelque chose. Cela doit bien faire 15 ans que Google se fait damer le pion par tout le monde dans de nombreux secteurs. Il n’a absolument rien inventé pendant toute cette période. Mais je suis mauvaise langue, on pourra jouer à des jeux de merde sur navigateur avec Stadia… quand le monde entier sera connecté en fibre vers 2097 !

Car l’investissement dans une monnaie virtuelle est minimal et Libra le prouve. Mais si tu as une grande base d’utilisateurs, tu peux tout te permettre. Google a même supprimé Google+, le seul réseau social qu’il avait, indépendamment de son succès. La vision courtermiste est tellement une norme chez Google qu’il perd tous ses acquis.

Telegram a raté le coche

Pour moi, Facebook également damé le pion à Telegram. Et il est bien plus perdant que Facebook. En grande pompe, Telegram avait annoncé sa monnaie gram et sa blockchain TON. L’annonce tonitruante a été fait en 2018 et 2 levées de fond lui ont permis d’avoir 1,7 milliards de dollars.

Après quasiment 1 an et demi, nada, aucune annonce. A part des rumeurs sur un lancement imminent. Mais rien de concret. Est-ce que ce sera une cryptomonnaie réelle ou une Stablecoin comme la Libra ? Comment va se faire le taux de change ? Est-ce qu’il y a des partenaires sérieux dans le projet à part des oligarques russes ?

Telegram a de quoi réussir avec Gram. Car il possède 200 millions d’utilisateurs, mais pour moi, il a trop tardé. Après, la Blockchain TON va bien plus loin qu’une monnaie puisqu’il y aura aussi le stockage décentralisé, la création d’applications spécifiques, etc. C’est un écosystème plutôt qu’une simple monnaie. Mais on attend d’en voir la couleur.

Ainsi, wait and see

Je suis assez optimiste sur Libra. Mais comme je l’ai dit, cela dépend de la disponibilité au niveau mondial, de la facilité des transactions, des frais de commission et de la conversion dans les monnaies locales.

Ce dernier point sera essentiel sinon Libra va tourner en rond dans l’écosystème de Facebook sans apporter aucune valeur ajoutée et aucune raison pour l’adopter par conséquence. Les partenaires ayant enjambés le wagon Libra me font froncer des sourcils sur le type de marché qu’ils pourront viser, car cela semble être des pays principalement riches.

C’est le tiers monde qui a besoin d’une monnaie comme Libra. Et sur le papier, et uniquement en encre numérique, c’est un projet qui peut créer une véritable révolution si elle est bien menée. Et pour les considérations de vie privée et ce genre d’âneries, je dirais que seuls les rêveurs, les crétins et les ânes bâtés peuvent penser qu’une vie privée est encore possible avec une telle domination des GAFAMs.

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