Le mythe du fédéralisme européen par Frédéric Misral (extrait de Maurras)


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  • Malgré le fait que Mistral doit un fervent défenseur du provençal et un ennemi d’une France centralisée, ce texte datant de 1871 intitulé Le Rocher de Sysiphe montre que malgré son amour pour le fédéralisme, il avait prophétisé la tendance des français à d’abord se noyer dans la France parisienne et cosmopolite et ensuite au niveau européen.

    J’ai découvert Mistral en lisant les oeuvres de Charles Maurras et cet extrait vient des textes qu’il a écrit sur ce grand poète.

    Nous étions autrefois un peuple. Notre Roi était à Aix. Nous écrivions nous-mêmes nos lois, Nous conservions la langue qu’elle-même, la nature nous mettait sur les lèvres ; et, sous l’œil des femmes, le dimanche, après les vêpres, avec les souliers minces nous faisions la farandole au son du tambourin ;

    Puis, un jour, ennuyés de ce bonheur, l’envie nous prit de nous fondre dans la France. Allons-y ! Tout de suite, glorieux petits Français, de nos anciens usages nous empilons un tas et nous brûlons tout. Adieu la mémoire des Ancêtres ! L’amour du Gai Savoir, la splendeur des Trouvères, le Chaperon des Consuls avec sa liberté ! Adieu ! Adieu !

    Vertus, bonheur d’antan, vous n’étiez que des fables : dans Aix, un sous-préfet remplace nos Comtes. Nous avions les braies courtes et nous sautions joyeux ; maintenant, nous les aurons longues, mais en nous surmenant. Nous avions à la Noël la bûche bénie dans la maison paternelle ; maintenant nous irons par loyer. C’est bien ; nous voilà un grand peuple, et vive la Nation !

    La France unie et forte, et de noble ambition altérée, conquiert, brille, éblouit, dans la guerre et la paix également illustre.
    Ça ! encore un effort ! À ton apogée, reine, tu vas parvenir… Non, ce serait dommage ! Au carrefour, droit sur les bornes, entendez crier au vent les prophètes à la mode : Plus de patrie !

    À bas les frontières ! Nations, Les gloires nationales sont des abominations ! Table rase ! écrasons le passé, quel qu’il soit ! L’homme est Dieu : aujourd’hui, il n’est personne qui n’ait les yeux ouverts !

    C’est cela, Français, vive l’humanité ! Et notre patrimoine, notre héritage légitime, nous le répudions ou nous le gaspillons. L’antique loi du Christ qui nous servait de tour, et qui, morts, nous ouvrait son radieux paradis, ingrats, nous l’abjurons comme une chose embarrassante. Qu’est-ce que Jeanne d’Arc, et saint Louis et Turenne… Cela est vieux, rouillé, fruste comme les liards…

    Quelle nécessité, d’ailleurs, de toujours ressasser Bouvines, Denain, Lodi, Austerlitz, Iéna ! Le dieu des armées, gorgé de cervelles et de sang, a vécu : place à l’ère nouvelle ! Pendant que nous sablons la bière de Strasbourg, terribles tout à coup les tambours rappellent, et se ruant sur nous, les peuples, nos frères nous brisent le verre entre les dents…

    Empereur, Sois maudit, maudit, maudit ! Tu nous a vendus… et, réveillés en sursaut, éperdus, nous courons, de rage nous fracassons les dômes de nos monuments, nous brûlons Paris, nous tuons les Prêtres ; et ensuite nous reprenons, efflanqués, le rocher du Progrès.

    En tant que nationaliste et souverainiste, je ne suis pas d’accord avec une décentralisation poussée, car cela vous rend vulnérable dans un monde qui commence à se former de blocs de puissance avec des Etats et des alliances d’Etat. Cependant, ce texte de Mistral comme de nombreux penseurs français montrent qu’ils avaient bien compris le mythe de la décentralisation outrancière sans oublier l’impasse du fédéralisme.

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