Sales cons de juges -> Vaccin contre l’hépatite B et la Sclérose en plaques


Une décision juridique ne devrait jamais se prononcer sur une affaire scientifique. Et aucun cas, une décision d’un tribunal devrait remplacer une preuve scientifique. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) vient de donner une compensation même si on n’avait pas établi de lien entre le vaccin et les dommages physiques potentiels. Dans cette affaire, la famille d’une personne morte de sclérose en plaques avait accusé le vaccin contre l’hépatite B d’avoir provoqué directement cette maladie.

Le cas de Monsieur “W” derrière toute la polémique du vaccin contre l’hépatite B

Le cas implique un homme français, appelé “W” dans les documents de la cour. Il a reçu les 3 doses recommandées du vaccin contre l’hépatite B de décembre 1998 à juillet 1999. En aout 1999, W a développé les symptômes de la sclérose en plaques. En 2006, W et sa famille ont porté plainte contre Sanofi Pasteur, le fabricant de vaccins, en prétendant que le vaccin avait provoqué l’hépatite B. Monsieur W est mort des complications de la sclérose en plaques en 2011. D’autres personnes ont rapporté des témoignages similaires, mais de grandes études épidémiologiques n’ont trouvé aucun lien entre le vaccin et la sclérose en plaques.

Mais monsieur W a gagné son dossier. En 2009, le tribunal régional de Nanterre a statué qu’étant donné qu’il n’avait pas d’antécédents médicaux et pas d’historique familial de la sclérose en plaques, l’apparition des symptômes après la 3e dose de vaccin était suffisante pour conclure que le vaccin en était la cause. En 2011, la Cour d’Appel de Versailles a annulé la décision en statuant que même si W a fait un dossier convaincant que le vaccin a provoqué la sclérose en plaques, il n’a pas démontré que le vaccin était défectueux alors que c’est nécessaire par la responsabilité pénale parce que les bienfaits du vaccin pour toute la population surpassent largement les risques.

W et sa famille ont fait appel devant la Cour de Cassation (Cette cour détermine si les tribunaux appliquent correctement la loi). La Cour de cassation a statué que la défectuosité du vaccin aurait dû être jugée sur les faits spécifiques du dossier de W et non sur les risques et les bienfaits généraux de la population sur le vaccin. La cour a transmis le dossier à la Cour d’Appel de Paris. Et cette dernière est arrivée à un verdict différent : Le tribunal a estimé que W n’a pas prouvé que le vaccin provoque la sclérose en plaques. La cour a notamment cité le manque de preuves scientifiques pour un lien entre le vaccin et la maladie et le fait que la maladie était présente depuis des années avant l’apparition des symptômes. Relisez bien cette dernière phrase, car elle implique que Monsieur W avait déjà la sclérose en plaques avant même qu’il soit vacciné.

La famille de W a fait de nouveau appel à la Cour de cassation qui a demandé conseil à la Cour européenne pour considérer la preuve du plaignant même si la recherche médicale n’établit pas un lien entre le vaccin et l’occurrence de la maladie. En d’autres termes, si la recherche scientifique n’est pas concluante, est-ce qu’un individu peut toujours plaider son dossier avec d’autres types de preuves incluant les preuves anecdotiques ? Et la Cour a répondu que Oui. Mais la charge de la preuve est sur le plaignant et les tribunaux devront peser les preuves pour chaque dossier et le plaignant devra démontrer une prépondérance de preuves.

Un fabricant de vaccins peut contrer les preuves substantielles du plaignant avec des études épidémiologiques. Mais dans ce cas, la charge de la preuve s’inverse et c’est le fabricant de vaccins qui doit financer les études épidémiologiques pour que ces dernières puissent surpasser les preuves individuelles du plaignant.

L’association REVAHB = Des chasseurs d’ambulance ?

Parmi les associations et les mouvements qui prétendent montrer le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, on a REVAHB (Réseau vaccin Hépatite B).1 Au fil des années, cette association est devenue assez influente à grands coups de communications, mais on a oublié le détail qu’elle représente uniquement les victimes. Une association ne peut pas se faire passer pour l’expertise scientifique et encore moins, contrer le consensus scientifique avec des preuves anecdotiques ou des témoignages. N’oublions pas que le témoignage est la pire des preuves, qui existe.

REVAHB évite bien les mailles du filet pour éviter de se faire classer comme un mouvement anti-vaccination. Mais en accédant sur leurs sites et en lisant leurs articles, on trouve uniquement des arguments contre les vaccins.2 On peut ainsi lire sur leur site : Notre association n’a aucune visée anti-vaccinale, puisque nous sommes par définition tous vaccinés. Vous savez que cette phrase n’a aucun sens. Soit vous êtes pour les vaccins, soit contre et vous, messieurs et mesdames du REVAHB, vous êtes contre. Ensuite, la seconde ligne : Notre premier objectif est de recenser les effets indésirables post-vaccinaux et de les faire enregistrer par la Pharmacovigilance nationale (ANSM). C’est contradictoire, votre seconde phrase dit exactement le contraire de la première. Mais c’est la dernière ligne de REVAHB qui explique sa motivation principale : Nous ne pouvons accepter que soient seulement indemnisées la centaine de victimes qui s’étaient vu imposer ce vaccin obligatoire du fait de leur activité professionnelle. La compensation. REVAHB utilise des techniques typiques aux États-Unis de la part des avocats considérés comme des chasseurs d’ambulance. Elles obtiennent le témoignage des victimes et elles font tout pour obtenir des dédommagements de la part des entreprises pharmacologiques.

Et dans ce sens, la Cour Européenne vient de donner du crédit à des parasites qui exploitent le malheur des familles des victimes et au mouvement anti-vaccination par la même occasion. Merci à la Justice !

Notons qu’il y a eu quelques études qui ont prétendu montrer ce lien au début des années 2000, mais ces études ont toutes été infirmé à cause de la taille de l’échantillon, de la période testée et de la confusion des statistiques avec la corrélation et la causalité. Il y a notamment cette étude de 2004 qui montrait un lien entre le vaccin et la maladie.3 Mais cette étude a été très critiqué, car elle a utilisé un échantillon très biaisé. En gros, les chercheurs avaient pris des personnes qui présentaient déjà des risques importants de maladies infectieuses et de plus, ce n’était pas une étude prospective, mais rétrospective.

A l’heure actuelle, la plupart des études scientifiques que ce soit sur de larges échelles ou même avec des cas individuelles n’a pas montré un lien de causalité entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques.4 5 6 7 8 Je pourrais fournir des dizaines d’études, mais elles donnent tous le même résultat. Il n’y a pas de lien de causalité avéré entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en place. Par ailleurs, ce doute est venu encore de la France (décidément) après que cette affaire devant la justice a été outrageusement médiatisé et que les médias ont leur responsabilité.

Si vous avez du mal à lire les études scientifiques, alors je vous recommande l’excellent article de Slate qui revient sur cette affaire, car elle montre que les politiciens ont encore foutu la merde comme d’habitude.9 Vous avez également cet article de vaccination.info qui résume le consensus scientifique.10 On a également cet article datant de 2001 de la Société savante des maladies et cancers de l’appareil digestif (SNFGE) qui propose un dossier complet en expliquant que cette polémique est purement française.11

Corrélation, tu ne confondras point avec la causalité

A chaque fois avec les vaccins, on confond la causalité et la corrélation. Je vous donne un exemple :

  • Pendant une période de 10 ans, une partie de la population commence à consommer du lait.
  • Pendant une période de 10 ans, une partie de la population commence à souffrir de cancer (les cas sont en augmentation)
  • Mauvaise étude scientifique qui utilise la corrélation : Etant donné que la consommation du lait a augmenté et que les cancers ont augmenté de la même façon, alors le lait provoque le cancer.
  • Ce que vous n’avez pas vu : Dans une période de 10 ans, la population d’une ville va probablement augmenter et donc, oui, les cas ont augmenté, mais le pourcentage est le même.

Comme le principe de la vaccination s’applique à toutes la population, il est normal que des parties de la population développent des maladies indépendamment du vaccin. Et on ne connait pas l’origine de nombreuses maladies et c’est le cas de la sclérose en plaques. La vaccination contre l’hépatite B a été d’abord été effectué chez les adolescents et devinez quoi ? Les premiers symptomes de la sclérose en plaques apparaissent pendant l’adolescence (15 à 25 ans). Comme l’être humain est obsédé par les explications et qu’il ne peut pas vivre dans l’incertitude, alors il va forcer chercher une explication et le vaccin est le coupable idéal.

Sources

1.
REVAHB – Association des victimes du vaccin hepatite B. revahb.fr. http://www.revahb.fr/index.php. Accessed June 28, 2017.
2.
Le REVAHB. revahb.fr. http://www.revahb.fr/1-1-Le-Revahb.htm. Accessed June 28, 2017.
3.
A. Hernán, MD, DrPH,                      M, S. Jick, DSc,                      S, J. Olek, DO and                      M. Recombinant hepatitis B vaccine and the risk of multiple sclerosis. neurology.org. http://www.neurology.org/content/63/5/838.short. Accessed June 27, 2017.
4.
Hepatitis B Vaccination and the Risk of Childhood-Onset Multiple Sclerosis. jamanetwork.com. http://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/fullarticle/571612. Published December 1, 2007. Accessed June 27, 2017.
5.
Sadovnick AD, Scheifele DW. School-based hepatitis B vaccination programme and adolescent multiple sclerosis. The Lancet. 2000;355(9203):549-550. doi: 10.1016/s0140-6736(99)02991-8 [Source]
6.
Confavreux C, Suissa S, Saddier P, Bourdès V, Vukusic S. Vaccinations and the Risk of Relapse in Multiple Sclerosis. N Engl J Med. 2001;344(5):319-326. doi: 10.1056/nejm200102013440501
7.
Mikaeloff Y. Hepatitis B Vaccination and the Risk of Childhood-Onset Multiple Sclerosis. Arch Pediatr Adolesc Med. 2007;161(12):1176. doi: 10.1001/archpedi.161.12.1176
8.
Monteyne P, André FE. Is there a causal link between hepatitis B vaccination and multiple sclerosis? Vaccine. 2000;18(19):1994-2001. doi: 10.1016/s0264-410x(99)00533-2 [Source]
9.
Sclérose en plaques et vaccin contre l’hépatite B: aux racines d’un mal français. Slate.fr. https://www.slate.fr/story/147546/sclerose-plaques-vaccin-hepatite-b-racines-mal-francais. Accessed June 27, 2017.
10.
Le vaccin contre l’hépatite B peut-il causer ou aggraver la sclérose en plaques ? vaccination-info.be. http://vaccination-info.be/questions-reponses/questions-specifiques-a-un-vaccin/le-vaccin-contre-l-hepatite-b-peut-il-causer-ou-aggraver-la-sclerose-en-plaques. Accessed June 27, 2017.
11.
Controverse sur la vaccination anti-hépatite B : l’approche scientifique | SNFGE.org – Société savante médicale française d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive. snfge.org. http://www.snfge.org/content/controverse-sur-la-vaccination-anti-hepatite-b-lapproche-scientifique. Accessed June 27, 2017.
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2 réponses

  1. Olysh4 dit :

    “En gros, les chercheurs avaient pris des personnes qui présentaient déjà des risques importants de maladies infectieuses”.

    Et donc ? Il faudrait ne pas tenir compte des effets indésirables d’un vaccin si ils ne concernent que des personnes qui présentent des risques de maladies infectieuses ?

    Qu’est-ce qu’on fait pour les personnes qui présentent des risques de maladie infectieuse ? On les vaccine et tant pis pour eux ? Ou, par précaution, on les vaccine pas ?

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