Une possible faillite de l’Arabie Saoudite ?

On entend souvent parler d’une possible faillite de l’Arabie Saoudite, mais la réalité est bien différente. Un tel pays ne pourra jamais faire faillite, mais des temps durs sont à prévoir et on peut dire que les Saoudiens ont creusé leur propre tombe.

On entend souvent parler d'une possible faillite de l'Arabie Saoudite, mais la réalité est bien différente. Un tel pays ne pourra jamais faire faillite, mais des temps durs sont à prévoir et on peut dire que les Saoudiens ont creusé leur propre tombe.

En 2015, le FMI publiait un rapport sur la situation économique sur l’Asie centrale et le Moyen-Orient et les nouvelles étaient mauvaises pour l’Arabie Saoudite. En 2015 et en 2016, l’Arabie Saoudite a souffert d’un équilibre négatif de 20 % et de 19 % respectif sur sa balance fiscale. En 2014, le Royaume avait seulement -3,4 % de déficit fiscal. Les réserves de Cash de l’Arabie Saoudite se situent aux alentours de 700 milliards de dollars, mais le pays les engloutit à très grande vitesse alors qu’il ne réduit pas ses dépenses et que les prix du pétrole n’augmentent pas.

Le pays a déjà rappatrié près de 73 milliards de dollars qu’il avait stocké chez les institutions financières étrangères. Sans le pétrole, les seules ressources de l’Arabie Saoudite sont le sable, les dattes et les chameaux, pas de quoi fouetter un chat. Mais on peut dire que l’Arabie Saoudite a creusé sa propre tombe en fomentant un plan « génial » en 2014.

Le plan « génial »

Pour leur plan, les Saoudiens se sont basé sur 2 postulats totalement débiles. Que les prix du pétrole allait toujours monter (ou en tout cas, ils n’allaient pas baisser) et que les autres pays producteurs de pétrole avaient une fenêtre aussi étroite que l’Arabie Saoudite sur le plan économique. Les Saoudiens ont compris à partir de 2010 que les prix du pétrole ne se basaient pas uniquement sur l’offre et le demande, mais également sur la production brute. Quand on augmente la production pétrolière, cela peut avoir un impact sur le prix, mais cela doit être mineur parce qu’il y a encore beaucoup d’étapes entre le pétrole brut et le carburant qu’on consomme. Mais le marché du pétrole se comporte différemment face à la production. Dès que les pays de l’OPEP changent leurs production, alors l’impact est immédiat sur le prix indépendamment de l’offre et la demande.

C’était le premier postulat. Ensuite, les Saoudiens produisent leur pétrole pour une bouchée de pain. Les prix varient selon les sources, mais cela va de 9 dollars à 12 dollars par baril. Pour les autres pays, c’est beaucoup plus cher. Les Etats-Unis se situent à 24 dollars tandis que le Nigéria et le Brésil produisent leur pétrole à 28 et 34 dollars par baril. Les Saoudiens se sont dit : Nous sommes les moins chers et donc, on va augmenter notre production pour casser encore plus les prix. Cela deviendra insoutenable pour les autres pays de suivre la cadence, ils vont abandonner et nous deviendrons les rois du pétrole dans le monde. Les Etats-Unis étaient un concurrent direct, mais les Américains se sont dit qu’ils étaient les alliés du Royaume et que cette tactique allait faire mal au cul des russes.

Les gros grains de l’Huile de schiste

Et cela a marché pendant un temps. Le Venezuela est tombé dans une crise économique et l’Iran gardait la tête à peine hors de l’eau. Mais les Saoudiens se sont trompé sur une chose. Ils avaient basé leur plan « génial » sur la différence du prix de production entre le pétrole « normal » et les schistes bitumineux. Quand les Saoudiens ont déclenché leur plan, l’extraction des schistes bitumineux était très cher à environ 50 dollars par baril. Dans un monde où le prix de vente tournait autour de 60 à 70 dollars, ce n’était plus rentable pour les pays qui pratiquaient ce type d’extraction. Le seul problème est que les technologies de fracture se sont démocratisé et que l’exploitation des schistes bitumeux est devenu de plus en plus abordable même si elle est loin de rivaliser avec le forage classique. Mais par exemple, l’extraction des schistes bitumineux au Texas revient moins cher aujourd’hui qu’un forage classique dans le Golf du Mexique.

Le second postulat défaillant des Saoudiens est que tous les autres pays étaient aussi dépendants au pétrole. Mais ce n’est pas le cas. La Russie possède beaucoup plus d’industries diversifiées dans l’armement, mais également le gaz ou le secteur diamantaire. Le Venezuela et le Nigeria ont souffert, mais ce n’est pas dramatique. Et quand aux Etats-Unis, ils sortent même gagnant de ce pari risqué. La seule victime est l’Arabie Saoudite, car les prix n’ont pas augmenté selon ses prévisions, la Chine et d’autres gros consommateurs ont réduit leurs achats alors que les dépenses Saoudiennes crèvent le plafond. L’Arabie Saoudite se considérait comme une baleine géante qui fonçait à toute allure vers ses proies et c’est ensuite qu’elle s’est aperçu qu’elle ne pouvait pas nager sur le sable.

Une telle incompétence provient du fait que l’Arabie Saoudite a très peu d’expertise interne. Un responsable saoudien avait déclaré qu’un fonctionnaire saoudien travaille environ 1 heure par jour pour un salaire très confortable. De plus, la totalité des travailleurs en Arabie Saoudite sont étrangers puisqu’on n’a pas besoin de travailler quand on a des rentes pétrolières gigantesques. Pas d’éducation, pas de recherche scientifique, pas d’investissement dans des projets touristiques. L’Arabie Saoudite ne possède que son pétrole et cela va lui couter très cher si les prix n’augmentent pas.

Même si l’Arabie Saoudite épuise ses réserves de Cash, il serait étonnant qu’elle fasse faillite. Elle pourra toujours emprunter, mais c’est au risque de donner gratuitement son pétrole. Au lieu, l’Arabie Saoudite s’est inspiré de son mentor américain qui est d’utiliser la force. En s’imposant comme une force militaire de premier plan au Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite veut devenir le gendarme comme les Américains l’avaient fait à une époque. Sa guerre inutile au Yémen en est un bon exemple. Mais même les Américains semblent s’éloigner des Saoudiens et on se pose des questions sur l’avenir de ce pays dans les prochaines décennies en sachant qu’il n’a fait aucune réforme pour sa monarchie féodale et sa religion sectaire qui produit des fondamentalistes à la pelle. Ahmed Zaki Yamani fut le ministre du Pétrole et des ressources minérales pendant le choc pétrolier des années 1970. Il avertissait déjà sur les risques d’une dépendance exclusive au pétrole avec une citation : L’Age de Pierre n’a pas disparu à cause d’une pénurie de pierres.

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