Les études scientifiques ne sont plus si scientifiques

Comment les pratiques douteuses des études scientifiques ont contribué à ternir l'image de la science.

Après 1 an et demi à couvrir l’actualité scientifique, j’ai compris plusieurs choses sur les coulisses de la publication scientifique et même si la science reste robuste, ces pratiques ternissent son image en publiant tout et n’importe quoi.

90 % des études scientifiques sont de la merde

La viande provoque le cancer, les ondes électromagnétiques sont dangereuses, on va tous mourir dans une ère glaciaire dans 30 ans. Vous verrez souvent des médias de masse qui utilisent les titres racoleurs à outrance. Et il y a déjà un problème. L’étude scientifique est souvent sortie de son contexte, car si on devait se rapporter l’étude à l’état pur, alors cela ferait très peu d’audience. Et il faut comprendre qu’une étude individuelle est strictement inutile. Sa conclusion n’engage que leurs auteurs sans oublier qu’on trouve d’énormes biais dans la méthodologie. Mais si l’étude individuelle est robuste, il faut qu’elle soit confirmée et reproduite des centaines de fois en ayant les mêmes résultats avec la même méthodologie pour prétendre qu’on a fait une avancée scientifique. Cependant, les scientifiques se concentrent sur la découverte parce que cela fait partie de la culture Publier ou Mourir et ils sont tellement négligeants dans certains cas que leur étude n’a plus rien de scientifique.

Les biais abominables des études scientifiques actuelles

La taille de l’échantillon est minable. Vous avez des chercheurs qui osent publier un papier avec une taille d’échantillon de 30, 20 et même 10 personnes. Genre : Nous avons observé l’effet de la viande sur le développement des tumeurs sur 20 personnes et nous avons remarqué que des tumeurs se sont développé chez 11 personnes. Leur conclusion va être : 51 % des personnes qui mangent de la viande risque de développer un cancer. Et tout le monde, surtout les médias, va se focaliser sur le putain de pourcentage et non les chiffres.

Et ça, c’est la conclusion de l’étude et on n’imagine même pas ce que les médias vont en faire. En science, la taille de l’échantillon doit être la plus large possible. En général, on peut parler d’une bonne étude s’il y a 1 000 personnes qui sont observés. Bien sûr, cela dépend du contexte. Une étude scientifique sur une maladie génétique rare, touchant 10 000 personnes, dans le monde, aura forcément un échantillon très faible, mais de toutes façons, tout le monde s’en fout des études sur des phénomènes mineurs. Les médias de masse veulent les études scientifiques qui permettent de terrifier toute la population.

Publier ou Mourir

La science est confronté au phénomène de Publier ou Mourir. Les chercheurs sont soumis à une pression énorme pour être publié. Et il faut que ce soit dans des revues réputées. De cette manière, les instituts et les universités peuvent arguer que leurs chercheurs ont publié dans la revue Nature ou Science afin de réclamer des subventions. Plus, vous publiez d’études et plus, vous pouvez réclamer des subventions en sachant que les subventions fondent à vue d’oeil à cause d’une prétendue politique d’austérité.

Dans cette course aux papiers scientifiques, la science est décapitée de 2 manières. D’une part, les chercheurs négligent de reproduire les études précédentes puisque seules les nouvelles découvertes font la une des médias et d’autre part, les études sur les nouvelles découvertes sont baclées à mort, notamment avec les biais de confirmation.

Le biais de confirmation implique que les chercheurs vont privilégier et garder uniquement les preuves les plus solides pour étayer leur hypothèse. Cela provoque une impression de solidité, mais les preuves doivent couvrir tout le spectre. A chaque semaine, on a des études qui sont rétractés parce que les scientifiques ont manipulé les données.

Des études non fiables favorisent les pseudo-sciences

Etant donné que les scientifiques négligent de plus en plus la méthode scientifique, alors les pseudo-sciences peuvent aussi publier des études pseudo-scientifiques pour faire de la propagande ou du prosélytisme. Par exemple, vous avez souvent des prétendues études merdiques qui vous disent que la prière permet de réduire le stress. On peut penser qu’aucune revue scientifique publiera de telles merdes, mais toutes les revues ne se valent pas.

A cause de la culture de Publier ou Mourir, on a actuellement des milliers de revues scientifiques qui n’ont aucune évaluation scientifique. En gros, ils demandent aux scientifiques de payer une somme forfaitaire (allant de 100 dollars à 200 dollars) pour être publié. Etant donné qu’on se concentre uniquement sur les publications pour les subventions, de nombreux chercheurs sont tenté pour payer afin d’être publié.

Le mantra d’aller « consulter les sources »

Que ce soit chez les sceptiques ou d’autres qui pronent une croisade morale de la méthode scientifique, ils vous répéteront d’aller consulter les sources. A les entendre, on dirait des juifs qui prient en dodelinant devant le mur des Lamentations sauf que les fans des sources répètent la même chose comme si cela allait résoudre quoi que soit. Ce mantra leur permet d’éviter de poser les questions qui fâchent sur la publication scientifique et de ce qui se passe en coulisses.

Car si on suit leurs conseils, alors vous allez vous retrouver face au premier point abordé dans l’article puisque les sources peuvent proposer le pire comme le meilleur. Il faudra que l’individu sache reconnait une bonne taille de l’échantillon, qu’il vérifie que les auteurs sont réputés dans leurs domaines et qu’ils ont une historicité dans ces travaux signifiant qu’ils ont déjà publié à de nombreuses reprises sur le sujet. Il faudra vérifier s’ils travaillent dans des universités réputées (même si ce dernier point reste un critère secondaire pour moi). Cela va leur prendre des jours et peut-être des semaines pour tout vérifier. Quand vous consultez une plateforme comme Eurêka Alert qui publie tous  les communiqués de presse scientifiques, alors cette plateforme publie entre 50 et 70 études scientifiques par jour. Le volume d’études s’explique parce que tout est mélangé pêle-mêle. Et c’est de la lâcheté et de l’hypocrisie de dire au citoyen qu’il doit faire tout le boulot de vérification parce que tout la chaine d’évaluation est pourrie jusqu’à la moelle.

L’individu lambda est totalement désarmé face à publication scientifique actuelle

Dans cette situation, l’individu lambda est totalement paumé. S’il fait l’effort de vérifier, alors il va d’abord se heurter au mur de l’incompétence. Essayez de consulter un seul papier sur arXiv, la plateforme de prépublication des papiers de physique. Vous aurez la migraine rien qu’en voyant le titre. Pour la bonne et simple raison que les papiers scientifiques ne sont pas destinés aux citoyens. C’est vraiment con de tout dédouaner en conseillant simplement de consulter les sources. Un papier scientifique est un mode d’emploi destiné aux autres scientifiques pour qu’ils puissent reproduire l’étude.

C’est pourquoi on a des revues scientifiques comme Nature ou Science qui vont faire l’effort de vulgariser un minimum les papiers scientifiques. Nature et Science sont parmi les magazines scientifiques les plus réputés. Si vous avez l’habitude de lire les médias de masse, alors il faudra quelques semaines pour s’y habituer, mais ils sont quand même lisibles pour une personne normale avec un peu d’effort. En France, c’est catastrophique. Il y a des magazines comme Ciel et Espace, mais disons que c’est très limité, car leurs vrais contenus sont sur la version papier en abonnement payant. Evitez de consulter Science et Vie ou Science et Avenir, car s’ils font de bons dossiers de temps en temps, ils sont motivé par la course de l’audience similaire aux médias de masse.

Dans ces conditions, l’individu lambda est totalement désarmé face à ce bordel scientifique. Et le pire est qu’il n’y a pas de solutions. On oublie également de dire que les bonnes études scientifiques sont systématiquement derrière un mur payant et qu’il faut débourser 30 dollars juste pour les consulter. Certes, on peut aller sur des sites comme Sci-Hub, mais je parie que la majorité des citoyens ne connaissent même pas Sci-Hub.

Les pseudo-sciences ont déjà gagné

Attention, cet article n’est pas une diatribe contre la science, mais une dénonciation contre les pratiques de merde qui entoure ce secteur. L’humilité est l’une des qualités de la science. Un résultat n’est jamais acquis ou gravé dans le marbre. Et dans les grandes questions qui turlupinent les scientifiques, par exemple, la matière noire, on va assister à beaucoup d’incertitude en science. Mais cette incertitude est nécessaire pour faire avancer les choses et en général, les bons scientifiques (il n’en reste plus beaucoup) sont toujours très prudents avec leurs résultats. Et donc, on a un sentiment d’inconfort quand on s’intéresse à la science, car ce n’est pas dans sa nature de nous donner une seule réponse, qui ne changera jamais, et qui nous mettrait dans une position confortable comme sous une couverture chaude et douillette par une nuit glaciale.

En revanche, les pseudo-sciences (le contraire de la science) sont limpides, avec très peu de données, utilisent des phrases compréhensibles par tous les crétins, mais évidemment, elles sont entièrement fausses. C’est pourquoi les pseudo-sciences ont proliféré ces dernière années, et vu ma vision de la société actuelle et sa recherche constance de la médiocrité, je dirais même que les pseudo-sciences ont déjà gagné la bataille si on ne réforme pas entièrement la publication scientifique et toutes les pratiques douteuses.

Le militantisme scientifique

Des chercheurs comme Gérald Bronner appellent au militantisme scientifique. Et effectivement, les scientifiques, il serait temps que vous vous bougiez le cul ! Les médias de masse dénaturent vos travaux à tel point que certains d’entre vous ne communiquent plus avec ces médias. Les pseudo-sciences vous défient systématiquement et ils utilisent des arguments de croyance pour piétiner le consensus. Pour un scientifique, le débat est juste une approche comme une autre, mais pour le croyant, c’est quasiment une question de vie et de mort, car la croyance dirige sa vie et fait partie de son identité.

Et c’est vrai que les scientifiques comprennent plus tous ces problèmes bien mieux que moi. Je sais qu’il y a des scientifiques qui ne publient pas de papier scientifique depuis des années et ils préfèrent communiquer sur leur recherche par l’intermédiaire de blogs ou de médias sociaux ou encore d’en parler pendant les conférences en termes clairs et limpides.

Mais parfois, les scientifiques n’entrent pas dans l’arène, car pour eux, le débat n’a pas lieu d’être. Je prend l’exemple du prétendu danger des ondes électromagnétiques. Jusqu’à ce jour, il n’y a aucune étude qui démontre clairement des effets néfastes des ondes électromagnétiques sur la santé (Vraiment aucune). Il y a des effets tels que des vertiges ou des maux de tête, mais il n’y a aucun effet permanent sur le long terme. Toutefois, cela n’empêche pas les politiciens de forcer les entreprises à protéger leurs salariés contre les ondes électromagnétiques. C’est complètement con et un véritable cauchemar administrateur, car il faudra mesurer les ondes électromagnétiques pour chaque appareil.

Les scientifiques auraient pu infirmer le prétendu danger mortel de ces ondes, mais pour eux, le consensus actuel est qu’on n’observe aucun effet particulièrement néfaste. Ils n’ont pas besoin de communiquer dessus,mais les pseudo-sciences et les associations de merde se sont engouffré dans cette brèche en espérant grappiller quelques miettes des subventions. Et puis, il y a le risque que les scientifiques ne veulent pas passer pour des cons auprès de leurs pairs. C’est pourquoi il y a eu peu de dénonciation face au documentaire La Révélation des Pyramides de Grimault. De la première à la dernière minute, les égyptologues savaient que c’était de la merde, mais ils n’ont pas risqué leur carrière pour démentir ce canular, car cela ne se fait pas dans la communauté scientifique. Et  à cause de ce manque de militantisme scientifique, ce documentaire a pris des proportions énormes. Même si les scientifiques citoyens et les sceptiques l’ont aussi démonté, mais les effets ne sont pas aussi efficaces.

Même si les choses changent lentement. On a de plus en plus de scientifiques qui plongent dans le débat public, mais je pense que c’est encore très insuffisant. Il faut réformer une grande partie du système pour que les scientifiques puissent accéder directement aux citoyens et que la dialogue entre les deux puisse amener quelque chose de constructif. Si on arrive à mettre en place ce type de dialogue, alors cela court-circuitera les médias et les politiciens qui disent tout et n’importe quoi au nom de la science.

 

 

 

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