Le droit d’auteur dans la traduction

L'application du droit d'auteur dans la traduction est un véritable cauchemar et elle nécessite une refonte complète les législations pour éviter les mauvaises surprises.

On ne va pas le nier, le web francophone est 1 000 fois plus pauvre que le web anglophone. Et on tente de remédier à cette situation en traduisant les articles de l’anglais vers le français. La majorité des sites d’actualités et des blogs reprennent les articles en anglais pour les traduire vers le français ou dans une autre langue. Mais est-ce qu’on a le droit de traduire ces articles ?

Non, ou plutôt c’est un peu plus compliqué. La traduction est uniquement autorisée si vous avez la permission de l’auteur original. Même si celui-ci n’envisage pas de traduire son contenu de son coté, le droit d’auteur s’appliquera. Le fait que vous voulez traduire son contenu pour que son contenu soit accessible à plus de monde n’entre pas en ligne de compte. Et à mon sens, c’est une idiotie et très injuste. Du moment que le contenu original en anglais n’est pas traduit, alors on devrait le traduire sans la permission. Et le viol de droit d’auteur ne s’applique pas. Le problème est qu’on dit qu’on viole le droit d’auteur parce qu’on va copier-coller le contenu et cela portera un tort financier à l’auteur original. Mais si la traduction est vraiment séparé, alors le droit d’auteur ne doit pas s’appliquer ou sa portée doit être limitée.

Maintenant, voici ce que les traducteurs doivent garder à l’esprit. Toute traduction est considéré comme une oeuvre originale ou un contenu dérivé. Et c’est ce contenu dérivé qui permet à l’auteur original de revendir un droit d’auteur sur un contenu même si vous l’avez traduit de A à Z. Mais une traduction de l’anglais vers le français n’est pas simplement une barrière de langue, car les législations françaises et ango-saxonnes sont très différentes. La différence fondamentale est qu’en France, on reconnait le droit d’auteur moral.

Ce droit d’auteur moral est inaliénable. Cela signifie que du moment que vous créez une oeuvre considérée comme originale par le droit d’auteur, alors vous avez ce droit moral. Les anglo-saxons ne connaissent pas le droit moral. Par exemple, vous êtes un auteur pour un magazine. Vous publiez un contenu en anglais pour ce magazine qui est régi par le droit d’auteur anglo-saxon. A la minute où vous lui donnez les droits de votre contenu, alors le magazine peut faire ce qu’il veut avec. Votre contenu cesse de vous appartenir. En France, vous préservez votre droit d’auteur moral même si vous publiez pour ce magazine. A moins bien sûr que vous renoncez à ce droit moral et j’ignore si c’est possible sur le plan juridique. Mais voilà le truc, du moment que vous traduisez un contenu, ce dernier possède automatiquement un droit d’auteur. Vous avez crée du contenu original et peu importe si c’est pompé d’un autre contenu dans une autre langue. Les conditions est que la traduction ne doit pas venir d’une autre traduction (logique) et la traduction automatique ne s’applique pas puisque c’est un algorithme qui fait le travail à votre place.

Même si vous avez enfreint le droit d’auteur sur un article en anglais, alors vous avez le droit d’auteur pour le contenu en français. Vous pourrez être poursuivi en justice, mais cela n’enlève pas le droit d’auteur pour autant. Et à mon sens, il faut réformer les contenus dérivés de l’oeuvre originale. Si le contenu en anglais n’est pas prévu pour le français, alors les traducteurs proposent un service pour le bien public en améliorant l’accessibilité à ce contenu. Et donc, le viol de droit d’auteur ne doit pas s’appliquer pleinement.

Notre expérience personnelle

Je gère le site Actualité Houssenia Writing et on publie régulièrement des articles scientifiques. L’une de nos rédactrices traduit des contenus provenant de la revue Nature ou Science Mag. Elle a fait une énorme gaffe en traduisant intégralement les contenus sans demander la permission à Nature. Etant donné que je laisse une liberté totale aux auteurs, je ne vérifie pas individuellement chaque article. Et l’éditeur Springer, celui qui gère la revue Nature, m’a contacté pour me demander de supprimer plus de 100 articles, qui selon lui, ont été repris traduit sans leur permission. J’ai regardé les articles et effectivement, il y un viol flagrant du droit d’auteur. Et on a dû obtempérer. Je pense qu’on va se prendre aussi des poursuites judiciaires dans la gueule. Mais il y a un point important qui mérite d’être souligné.

Notre site propose l’intégralité de son contenu sous Creative Commons (vous le voyez venir le Twist ?). Que ce soit les messages de l’éditeur de Springer ou des autres, ils me demandaient de supprimer les articles qui ont été traduit sans leur permission, mais surtout, ils justifiaient que mon contenu traduit est sous Creative Commons.

Selon mon humble avis, des géants comme Nature ou Springer se fichent complètement que vous pompez leur contenu (surtout que notre site fait très peu de visites et que cela ne leur porte pas tort), mais ils ne supportent pas l’idée que le droit d’auteur soit converti en Creative Commons. Et pourtant, on a le droit d’auteur de le faire, puisque les traductions sont l’oeuvre du traducteur, pas de l’auteur original. Ils ne peuvent pas supporter l’idée qu’un contenu soit disponible sous Creative Commons. A chaque mail, ils insistaient systématiquement sur la Creative Commons. J’ai fait des recherches avec leur contenu. Et j’ai trouvé de nombreux sites qui reprennent leur contenu en anglais. Un simple copier-coller et pourtant, ils n’ont pas de problèmes. La rédactrice a été avertie et je peux vous dire qu’elle est mad. La traduction d’un article scientifique est très difficile puisqu’on ne fait pas de la traduction, mais de l’interprétation. Cela représente des mois de travail et on vient de les perdre en quelques minutes. Il y a une partie de notre responsabilité, mais sans une réforme complète du droit d’auteur, et surtout une clarification et un assouplissement des règles sur la traduction, on aura toujours un web francophone qui sera pauvre alors qu’il y a des contenus qui méritent d’être traduits pour bénéficier au plus grand nombre.

 

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