Vous n’êtes pas pauvre, mais appauvri

A une époque, on n’utilisait pas le mot travailleur ou employé, mais exploité. Ce terme n’était pas considéré comme étant insultant et les employés disaient qui’ils étaient des exploités sans aucun problème. Par la suite, le système a compris l’intérêt de faire disparaitre le mot exploité et progressivement, c’est devenu travailleur, employé et même collègue même si toi, en tant que collègue, tu gagne 500 euros par mois alors que ton loyer est de 600 alors que ton autre collègue gagne 3500 euros alors qu’il n’a pas de loyer puisqu’il possède une jolie baraque. Car si on avait maintenu le mot exploité, même le dernier des imbéciles se poserait la question tôt ou tard : Exploité ? Exploité par qui ?

La même chose est valable pour le mot pauvreté. Il y a 20 ans, on employait le mot pauvre sans aucun problème. Une personne pauvre, une population pauvre, un pays pauvre. Mais la langue de bois du système a utilisé son rouleau compresseur avec ses tampons de modification pour le transformer en SDF, revenu précaire, revenu modeste et ce genre de merde qui ne veut rien dire.

Sachez-le. Vous insultez un pauvre quand vous le traitez de SDF. Comme si c’est le principal problème dans sa vie était de n’avoir pas de logement. Il est de plus en plus mal vu de dire le mot mendiant ou pauvre, alors que c’est la stricte réalité de sa vie. Dire qu’on est pauvre ou mendiant revient à dire que l’inégalité est une banalité et que tôt ou tard, les gens au bas de l’échelle se posent des questions sur cette inégalité.

Et ensuite, le mot pauvre ne suffit plus, car il montre un autre mensonge du système. Une personne pauvre est un fait, une confirmation comme une sorte de fatalité. Comme si c’était ta faute d’être pauvre. Mon vieux ou ma vielle, tu n’est pas devenu le premier ou première de ta classe. Tu a boudé les merdes de ton conseiller d’orientation. Tu as dénigré le superbe travail dans le restaurant de malbouffe à 20 km de ton domicile. En gros, c’est uniquement ta faute si t’es pauvre.

Mais utilisez le verbe et le mot devient une vérité et une puissance quasi infinie. Dire qu’on est appauvri et non pauvre implique qu’il y a eu des conséquences qui ont mené à cet appauvrissement. On est appauvri parce qu’on a été désavantagé à la base. Cependant, il ne faut pas tomber dans le complotisme en disant que c’est uniquement la faute des autres. Car ces autres sont infecté de naissance par un système hiérarchisé qui leur propose une place dans le système. Si quelqu’un est dans une place enviable, alors il ne protestera jamais contre le système. Il n’est pas con ou conne à ce point là. Mais il est difficile de dire qu’on est pauvre par sa seule faute, car cela revient à dire que le système est strictement égalitaire et qu’il donne sa chance à tout le monde et que tu n’a pas voulu la saisir. Et un système ne peut pas être égalitaire si certains ont une avance de quelques kilomètres par rapport à la ligne de départ. Cela nous ramène à cette abomination de la langue de bois qu’on appelle l’égalité des chances.

Une façon de dire que l’handicapé et l’athlète dopé aux stéroïdes sont égaux puisqu’ils sont sur la même ligne de départ. Donc, arrêtez de dire que vous êtes pauvre, mais commencez à dire que vous êtes appauvri. Cela vous incitera à poser des questions : Comment suis-je appauvri ? Qui sont les responsables de cet appauvrissement ? Qu’est-ce qu’ils méritent comme châtiment ?

 

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