La rédaction web est condamnée à disparaitre

Cela fait maintenant 6 ans que je suis un rédacteur web qu’on peut qualifier d’indépendant. J’ai commencé fin 2008 alors que le métier de rédacteur web était encore quasiment inconnu. Tout le monde pensait que les contenus sur les milliers de site web étaient crées par des passionnés ou par des lutins en échange d’un pacte impliquant des cookies et un verre de lait. J’ai eu la chance de commencer dans une agence de rédaction web qui m’a appris quelques principes de base. Par la suite, cette agence a fermée et je me suis retrouvé dans la peau d’un rédacteur web indépendant. 6 ans ont passés depuis, mais le secteur tend à descendre de plus en plus alors que le métier est de plus en plus demandé.

Le rédacteur web est un pisseur de mots

Chez toutes les agences, les portfolios personnels et autre CV, vous verrez des jolis termes de marketing pour déterminer la nature d’un rédacteur web et donc de la rédaction web en général. Valorisation de l’identité, création d’un contenu approprié, identification des thématiques pertinentes aux lecteurs. Mais ce n’est que de la merde. Le rédacteur web est un pisseur de mots, mais on est des pisseurs professionnels. En fait, on est capable de vous faire avaler cette pisse en prétendant que c’est du nectar. Et une rédaction web n’est pas pour les lecteurs. C’est encore de la connerie. Une rédaction web est faite pour le Dieu Google et si vous ne savez pas le satisfaire en utilisant tous les sacrifices nécessaires, alors votre place est au Pôle Emploi, pas dans la rédaction web.

L’apogée et la chute de la rédaction web

La rédaction web a eu son âge d’or comme tous les secteurs. Il a commencé vers 2010 pour stagner vers 2013. A cette époque, les rédacteurs web étaient très demandés puisqu’on pouvait pisser des mots à la chaine. La qualité importait peu puisque l’objectif était de faire de la production à la tonne. Quand un mec vous commence 3000 textes sur le poker à 7 euros, alors il est évident qu’il ne s’attend pas à ce que vous lui proposez une qualité méritant d’être applaudie par l’Académie Française. La rédaction web a pris son envol avec l’apogée des comparateurs de prix qui sont des sites qui vous permettent de chercher tous les produits imaginables. Il ne faut pas proposer de la qualité, mais juste éviter les pièges de plagiat et de contenu dupliqué. Mais quand vous avez écrit 600 fois sur les mêmes meubles de merde, alors le contenu dupliqué est inévitable. Mais cette ère a pris fin avec la venue d’un cavalier de l’Apocalypse qui s’était déguisé en un joli panda.

Google Panda a détruit les comparateurs de prix et des milliers de sites qui tentaient de survivre tant bien que mal ont fermés du jour au lendemain. Et les dommages collatérals ont frappé les rédacteurs web de plein fouet. Je me souvient de 2012 et 2013 où il y a avait 100 offres de rédaction web pour une seule demande. Cette mise à jour de Google a amené des points positifs et négatifs. Le point positif est que seuls les rédacteurs web professionnels ont survécus. N’oublions qu’une majorité de rédacteurs web sont des amateurs qui n’ont pas pris la peine de se professionnaliser. Moi même, j’étais amateur, mais j’ai dû suivre des formations pendant presque 2 ans et aussi parce que je suis doué en écriture.

Etant donné que Google Panda a décapité les mauvais contenus (selon Google), seuls ceux qui avaient des clients fidèles ou qui se moquaient du référencement dans Google ont pu survivre. Moi, j’ai eu la chance de faire partie des survivants, mais il était impossible de s’en sortir avec ses propres moyens. Il fallait adhérer à un réseau sinon c’était la mort assurée.

Odesk et Elance, l’avènement du contenu ultra low cost

J’ignore même comment j’ai découvert Odesk, mais je me suis inscrit depuis plusieurs années. 3 jours après mon inscription, je trouve un client qui m’a fait confiance jusqu’à aujourd’hui. Le prix n’était pas fameux, mais au moins, il y avait du boulot et j’aimais écrire sur la thématique. Pour ceux qui l’ignorent, Odesk est une plateforme qui vous permet de recruter ou d’être recruté. La principale caractéristique est que vous devrez proposer un prix ultra low cost si vous voulez avoir des clients. On peut penser qu’une rédaction web à 10 euros est plutôt low cost, mais il y a des prestataires sur Odesk qui vous proposent 1 euro par texte.

Elance est du même acabit, mais la différence d’Elance est que vous devrez payer pour pouvoir postuler à une offre d’emploi. Vous avez un quota gratuit, mais cela ne suffit pas. Et l’année dernière, Elance et Odesk ont fusionnés et on peut penser que les pratiques d’Elance vont infecter Odesk qui était plutôt clean jusque là. Ces sites ne font pas exprès de donner la priorité aux prestataires low cost, mais c’est la tendance du moment sur le web…surtout après 2008.

Après la crise, tout le monde est devenu un rédacteur web

Après la crise de 2008, de nombreuses personnes ont perdus leur emploi et il fallait faire bouillir la marmite d’une façon ou d’une autre. En l’espace de quelques mois, on a vu des centaines de milliers de profils qui ont débarqués sur la toile. Leurs seules compétences est qu’ils avaient du temps libre et une connexion internet illimitée. Mais étant donné qu’ils ont cassés les prix, les clients les ont choisis sans tenir compte du fait que bon marché coute cher avec Google Panda qui rode en permanence sur la toile.

Des rédacteurs web engloutis dans de grosses structures

Un autre phénomène qui annonce la disparition des rédacteurs web indépendants est qu’ils ont été englouti dans de grosses structures. Par grosses structures, je parle ici des sites d’actus. Si vous croyez que les sites dans Google News, Yahoo Actualités ou Bing News sont écrit par de vrais journalistes, alors vous n’avez encore rien compris à la vie. Ces sites d’actus sous-traitent auprès d’agences de rédaction web délocalisés à Madagascar, en Tunisie, au Maroc ou même en Indonésie. Habitant dans un de ces pays, il faut voir pour le croire quand on voit les demandes de ces crétins d’actu. En 2013, j’ai écrit environ 465 textes pour un site d’actu destiné à la presse de caniveau. Un jour, il fallait écrire sur des meurtres au Burkina Faso. La rédactrice en chef m’a fait cette demande dans l’édition de l’article : Vous n’avez pas de photos de cadavres, de belles photos de cadavres ? C’est pour çà que l’article en question a été illustré par des photos provenant du camp de concentration d’Auschwitch…

Les sites d’actus sont devenu de vrais ogres en terme de contenu. Quand je parle d’une disparition possible de la rédaction web indépendante, je parle d’un métier où on prenait le temps d’écrire les articles. Aujourd’hui, l’actu demande toujours plus et vous devez être actif 7j/7 à une cadence de 10 heures par jour. Mais une telle quantité d’information est au détriment de la qualité, mais les sites d’actus s’en foutent puisqu’ils sont moins touchés par les pénalités de Google. De ce fait, la plupart des rédacteurs web travaillent au sein de ces agences, mais les sites d’actu ne risquent pas de le crier sur les toits (Le site d’actu offre 10 % des revenus au journaliste pour mettre son nom même si cela peut aller jusqu’à 25 % si l’article devient viral).

Aujourd’hui, la reine est la médiocrité du contenu

Il y a quelques jours, j’ai vu une nouvelle qui m’a vraiment fait du mal. Gigaom est en faillite et le site ne produit plus de contenu. Gigagom était l’un des sites les plus respectés dans son domaine. Et Wired l’a résumé en une seule phrase : Gigaom a fait faillite parce qu’il a fait de la qualité. Gigagom avait fait le pari de se foutre complètement des statistiques, du Dieu Google et de toutes ces merdes. On estime que ses articles sur la neutralité du net sont des références quasi académiques, mais malheureusement, les gens préfèrent se branler discrètement en lisant un article de Buzzfeed plutôt que de réfléchir sur des articles qui semblent barbants, mais qui valent la peine d’être lus. Et cette tendance de Buzzfeed a amené les autres sites à faire de même ce qui a crée un effet de ricochet parmi la rédaction web. On est arrivé dans une telle situation où ce ne sont les rédacteurs web qui font de la merde, mais on leur demande de le faire. Plus c’est con et mieux ça se vend !

La rédaction web telle que je l’ai connue est vouée à disparaitre. Et les rédacteurs web indépendants seront les premiers à en subir puisqu’il est quasi impossible de se faire un nom comme un rédacteur web indépendant. Toutefois, la rédaction web de type Buzzfeed ou Low Cost va exploser dans les prochaines années. La demande sur le contenu explose, mais les prix seront inversement proportionnels à la demande.

Personnellement, je ne m’en sors pas trop mal pour le moment. J’ai quelques clients fidèles. Et surtout, je n’ai jamais considéré la rédaction web comme ma seule flèche de réussite. Au cours de ces 6 années, j’ai beaucoup appris et j’ai lancé des dizaines de sites petits ou grand avec un certain succès. Certes, j’ai été pénalisé par Google comme de nombreux webmestres, mais ils sont minoritaires par rapport à mes succès.

 

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