Negro Puscule : " Le droit d'auteur est un bienfait pour l'humanité "

Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’interviewer Negro Puscule, fondateur de l’ AOLCA (Association des oeuvres licites et de la création autonome) qui est un amoureux inconditionnel du droit d’auteur et qui nous parle de son dernier livre intitulé : La divinité du droit d’auteur qui a été publié aux éditions du Seuil.

MG : Bonjour, Negro Puscule. Est-ce que vous pouvez nous parler de votre dernier livre et nous expliquer son titre qui nous semble provocateur.

Negro Puscule : J’ai commencé à écrire ce livre à l’époque où des mouvements de contre-culture commençaient à s’attaquer aux fondations même du droit d’auteur. Je me suis dis qu’il serait intéressant d’expliquer aux profanes que le droit d’auteur puise ses sources dans les racines divines de notre société européenne.

MG : Des racines divines ?

Negro Puscule : Oui, si vous prenez l’exemple de la Bible, vous remarquerez qu’on lit une seule version de la Bible. Alors que l’histoire nous enseigne qu’il y a eu plusieurs évangiles qui ne sont pas même pas mentionnés dans la Bible. Cela prouve que les aspects du droit d’auteur dans le concept de contenu exclusif peuvent bénéficier à tout le monde puisqu’ils permettent d’homogénéiser le message qu’on veut transmettre.

MG: Mais quel est le rapport avec la protection du Copyright ?

Negro Puscule : Le fait est que la principale critique du droit d’auteur est qu’il y a un contrôle central par quelques entités. Mais ce contrôle est nécessaire afin qu’on n’assiste pas à une guerre fratricide s’il y avait plusieurs conceptions du droit d’auteur. Mais cela ne signifie pas que le Copyright est un concept verrouillé, car chacun peut le décliner dans les variantes qui conviennent à ses besoins.

MG : Les mouvements dont vous parlez ne critiquent pas le droit d’auteur en soi, mais plutôt les abus occasionnés. Est-ce que vous ne trouvez pas que les organismes tels que le votre nuisent à la liberté économique des nouvelles technologies et qu’ils ne rétribuent pas les artistes à leur juste valeur ?

Negro Puscule : C’est plutôt psychique et sémantique. Ces mouvements critiquent les abus du droit d’auteur, mais aucun de leurs arguments a tenu la route face à un tribunal. Il n’y a aucun abus sur le droit d’auteur pour la bonne et simple raison est que les lois qui ont été votés rétribuent les artistes et les organismes de protection de manière équitable. Et concernant la liberté économique dans les nouvelles technologies, j’estime que c’est juste un effet de mode et que c’est une façon de consommer qui disparaitra avec le temps.

MG : Vous dites que les artistes sont rétribués de manière équitable, mais que répondez-vous quand on voit que l’organisme de droit d’auteur va prendre 90 % de la création en laissant un pauvre 10 % à l’artiste.

Negro Puscule : Tout est une question de point de vue. Premièrement, je conteste vos chiffres, car aucun artiste n’accepterait un tel quota de redistribution. De plus, l’artiste ne dispose pas toujours les moyens pour distribuer son oeuvre à grande échelle et il est donc normal que l’organisme qui lui propose une visibilité maximale soit rétribué à la hauteur de ses efforts.

MG : Oui,mais justement, de plus en plus d’artistes privilégient un modèle de distribution indépendant par rapport aux circuits. Et ils estiment qu’ils gagnent plus de bénéfices par rapport à un circuit classique.

Negro Puscule : Ce sont quelques artistes qui ont été manipulé par les mouvements de contre-culture. La majorité passe par nos circuits de distribution et ils sont tout à fait satisfaits des conditions que nous proposons. De plus, un artiste qui se base uniquement sur des circuits indépendants est extrêmement vulnérable face aux aléas de sa popularité. Mais nous, on peut garantir que l’artiste puisse bénéficier d’une distribution et de revenus sur le long terme.

MG : On ne compte pas un jour sans que les consommateurs soient injustement pénalisés face à des abus de droit d’auteur. Cela va de la demande DMCA jusqu’aux poursuites judiciaires. Est-ce que vous ne trouvez pas qu’il est temps de réformer le droit d’auteur en donnant plus de poids aux consommateurs.

Negro Puscule : Mais c’est ce que nous faisons depuis des années ! Nous avons toujours considéré les besoins du consommateur en premier. Et les abus que vous dénoncez ne sont pas de notre ressort, mais des gouvernements et des géants du web qui utilisent des outils inadéquats. Nous serions pour un ciblage du piratage plutôt qu’une sanction à grande échelle, mais nous n’avons pas encore les moyens de pratiquer ce ciblage.

MG : Est-ce que c’est un aveu que les lois sur le Copyright sont totalement inefficaces ?

Negro Puscule : Pas du tout. Nous disons juste que plutôt que de pratiquer des sanctions globales, nous préférons que les Etats participent à ce débat en proposant des sanctions nationales et considèrent que la protection du droit d’auteur est l’un des principaux leviers de l’économie. Il faut prendre des mesures au niveau local en pensant aux besoins globaux de l’utilisateur.

MG : Justement en parlant de mesures, vous préconisez plusieurs d’entre elles dans votre livre La divinité du droit d’auteur. On a notamment le fait de proposer une taxe internet de 47 % pour les internautes de la région d’Aquitaine. Qu’est-ce qu’elle implique et pôurquoi la région d’Aquitaine ?

Negro Puscule : Aujourd’hui, les FAI et les hébergeurs profitent de la création des artistes par la publicité et ils ne proposent aucune rétribution à ces artistes. C’est un manque à gagner considérable pour toutes les parties en présence. En créant cette taxe, nous pouvons dédommager les pertes des artistes. Quand au choix de la région, nous comprenons que nous ne pouvons pas implémenter cette taxe au niveau national sans provoquer quelques remous. La région d’Aquitaine pourrait un projet pilote si cette mesure est votée.

MG : Vous dites que les FAI doivent payer parce qu’ils profitent des contenus du droit d’auteur. Mais pourquoi est-ce à l’internaute de la payer ?

Negro Puscule : Ce sont les FAI qui doivent la payer, mais il est normal qu’ils la répercutent sur l’abonnement de l’internaute puisque c’est ce dernier qui consomme le contenu. Par ailleurs, nous sommes contre la pénalisation des intermédiaires, car les FAI et les hébergeurs sont aussi des piliers de l’économie.

MG : Le livre prévoit 86 mesures visant à augmenter les revenus tout en améliorant la transparence vis à vis des artistes. Est-ce que ces 86 mesures deviendront effectives au niveau gouvernemental ou ce sont juste des recommendations ?

Negro Puscule : Pour le moment, ce sont juste des recommandations, mais nous espérons qu’elles seront adoptés par les différents gouvernements, car il y va de la survie des artistes.

 

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