Le piratage se meurt… Est-ce que nous sommes devenus honnêtes ?

Les visites sur les sites de contenus pirates descendent aux enfers. Est-ce que nous sommes devenus honnêtes, qu’est-ce qui pousse les gens à délaisser ce type de site ? En 2007, Steve Jobs disait que le DRM n’avait pas fonctionné, ne fonctionnait pas et qu’il ne fonctionnerait jamais.

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Il avait raison, mais le fait est que les sites de piratage qui comptaient parmi les sites les plus populaires sur le web connaissent un déclin qui annonce leur disparition. The Pirate Bay, KickassTorrent, ExtraTorrent enregistrent tous des baisses de visite phénoménales depuis quelques années.

The Pirate Pay qui est devenu très populaire en 2013 a dû changer 6 fois de nom de domaine depuis le début de 2014. En 2013, The Pirate Bay était le 73e site le plus visité au monde, mais aujourd’hui, ce site n’attire que 1/5 des visites qu’il avait en 2012.

David Price, analyste du piratage chez Netname, va jusqu’à même dire que pour la première fois depuis 10 ans, 2014 ne sera plus l’année du piratage.

Alors, qu’est-ce qui explique ce déclin du piratage ? Est-ce la disponibilité de contenu sans DRM ou l’avènement des services tels que Netflix ou que les gouvernements ont gagnés ont forçant les FAI à bloquer ces sites de toutes les manières possibles.

Le piratage a du plomb dans l’aile

Si vous avez investi sur les plateforme de piratage, alors on vous conseille de liquider au plus vite. Plusieurs sources pointent sur le fait que le trafic vers les sites de Torrent les plus populaires se meurt plus rapidement que les personnages de Game of Throne.

En novembre 2013, l’entreprise de gestion de la bande passante Sandvine a rapporté que le trafic de BitTorrent avait baissé de 20 % sur les 6 précédents mois aux Etats-Unis, mais qu’il augmentait toujours en Europe. On a aussi vu une baisse similaire en Europe selon des chiffres collectés par Netnames.

Selon cette entreprise, The Pirate Bay avait 5 millions de visiteurs uniques en 2012 et à la fin de 2013, il ne recevait que plus que 900 000. KickassTorrent a également subi des pertes considérables après qu’une cour de justice anglais ait forcé tous les FAI de ce pays à bloquer le site en février 2013.

Bien sûr, tous les sites populaires ont des miroirs et des proxys, mais malgré cela, on voit une baisse générale en Angleterre et aux Etats-unis.

En fait, le blocage des FAI n’a pas du tout fonctionné, car les utilisateurs pouvaient accéder aux sites de piratage via des Proxy ou des connexions VPN. Mais même avec ces techniques de contournement, les analystes remarquent une baisse de visite de 10 à 20 % sur la plupart des portails Torrent.

Toutefois, certains relativisent cette baisse. Ainsi, Ernesto Van Der Sar, le fondateur de Torrentfreak estime que les utilisateurs ont trouvés de nouveaux moyens pour partager le contenu et c’est propre à ce secteur qui évolue constamment. On ne doit pas creuser la tombe du piratage en se fixant sur des chiffres sur une période donnée.

Il ajoute que le blocage des FAI sur The Pirate Bay a un effet sur le piratage, mais cela reste marginal par rapport au volume de contenus échangés entre les utilisateurs. D’autres sites de Torrent ont étés forcés de fermer définitivement. Ainsi, Isohunt a été forcé de supprimer sa plateforme sous la pression de la justice anglaise. D’autres sites ont disparus de la circulation du jour au lendemain, car les autorités américains préfèrent jouer les gros bras en sous-marin à cause de la mauvaise publicité qu’ils ont eu avec Megaupload.

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La victoire pour les Majors ?

Face à cette mort possible du piratage, les Majors dansent sur leur table en faisant des pirouettes avec leur b… en clamant que leurs efforts ont fait prendre conscience aux pirates qu’ils étaient dans la criminalité la plus absolue. Et qu’est-ce qu’ils pourraient dire d’autre ? Ils ont dépensés des millions de dollars dans les procès en corrompant les gouvernements avec leur Lobbying pour faire pression sur les FAI.

Ils ajoutent qu’ils vont continuer leur efforts et qu’ils apprécient que Google et les géants du web censurent désormais les liens pirates (on dirait qu’ils n’utilisent pas le même Google, car les liens sont toujours présents).

Car la vérité que les Majors n’avoueront jamais est que le déclin du piratage s’explique simplement par le fait qu’il y a des services en ligne qui proposent des contenus légaux aux consommateurs.

Les Majors vont plus loin dans leur débilité en arguant que certains consommateurs ne savaient même pas qu’ils pirataient du contenu. Ainsi dans certains pays, le fait d’accéder à ce type de site affiche un message du Major ou du FAI qui informe le consommateur qu’il doit quitter le site et consommer des séries TV et des films qui sont diffusés à la télévision.

Mais Jim Killock, le directeur exécutif de l’Open Rights Group, estime est que ce message est totalement inefficace et que le piratage baisse parce que des services en ligne proposent des alternatives légales avec la même facilité que le téléchargement illégal.

La liberté de choix a gagnée

En 2007, Steve Jobs avait publié un mémo intitulé Thoughts on Music où il incitait chacun à imaginer un monde où chaque service en ligne pourrait vendre une musique sans DRM qui serait proposée dans des formats ouverts.

Dans un tel monde, n’importe quel lecteur de musique acheté dans n’importe quel boutique pourrait lire n’importe quel morceau de musique acheté dans n’importe quel service en ligne. En 2007, ce monde était quasiment impossible à imaginer, mais en 2014, il est devenu la norme… Enfin, on s’en approche un peu. Steve Jobs avait écrit à cette époque qu’un contenu sans DRM inciterait des entrepreneurs à lancer des services innovants avec une nouvelle forme de consommation et d’achat.

Et en 2014, on a Spotify, Deezer, We7, Xbox Music, Google Play Music et tous ces services en ligne qui nous proposent légalement de la musique. Certes, c’est loin d’être ouvert que la vision de Steve Jobs puisque certains contenus de ces services sont uniquement compatibles avec des appareils fabriqués par la compagnie qui a crée ce service.

Mais on ne va pas faire le difficile. N’oublions pas que les Majors voulaient que nous achetions un CD, ensuite que nous l’achetions de nouveau si nous voulions la même musique au format MP3. Récemment, Amazon a donné gratuitement les MP3 des CD que les consommateurs avaient acheté depuis 1999. Aujourd’hui, vous achetez un CD sur Amazon et vous pouvez télécharger ses MP3 avant même que le CD n’ait quitté son entrepot.

Cela prouve que le fait de ne pas traiter les consommateurs comme des criminels est très rentable. Le rapport annuel de 2013 de l’International Federation of the Phonographic Industry (IFPI) montre que la valeur globale de l’industrie de la musique avait augmentée de 0,3 % en 2013. Cela peut sembler peu, mais l’industrie de la musique avait connu des chiffres négatifs constants avant l’avènement des services de téléchargement légal.

Mais cela ne signifie pas que le piratage de la musique a complètement disparu. Un rapport de Nielsen et de comScore rapporte qu’un tiers des internautes ont accédés à des sites pirates. Mais l’ironie est que les Majors profitent également de ce piratage. Par exemple, quelqu’un qui poste une musique non autorisée sur Youtube va générer de la publicité qui iront dans les poches des propriétaires légitimes, à savoir, les Majors.

Netflix a écrasé les Majors avec Breaking Bad

Cette liberté dans les services légaux concerne uniquement la musique, car c’est encore la merde dans les films, les séries TV et les livres qui sont toujours vendus avec des DRM.

Certains tentent de créer une nouvelle révolution dans ces secteurs et on pense évidemment à Netflix. Les créateurs de Netflix ont compris une chose fondamentale et évidente que les Majors ne veulent pas comprendre est que les consommateurs ne piratent pas parce qu’ils ont envie de pirater, mais ils veulent bénéficier d’un contenu immédiatement après qu’il soit disponible. Ils ne veulent pas attendre des semaines ou des mois pour respecter une foutue législation de merde ou d’attendre que certains services ont payés des frais totalement inutiles aux ayants droits. Netflix a commencé sa révolution avec la série Breaking Bad qu’il diffusait le lendemain de la diffusion à la télévision. En comprenant ce simple besoin des consommateurs, Netflix a écrasé littéralement les Majors sur leurs propres terrains et son règne ne fait que commencer.

Netflix n’est pas seulement populaire parce qu’il propose les épisodes les plus récents, mais il propose aussi tout le catalogue. La veille de la diffusion du premier épisode de la 5e saison de Breaking Bad, Netflix a gagné 50 000 abonnés supplémentaires qui ont achetés pour regarder toute la 4e saison en une journée.

Netflix a également changé la mentalité de la distribution au compte goutte d’Hollywood qui est de diffuser les épisodes un par un en faisant languir les spectateurs. Pour la production de sa première série, House of Cards, Netflix a proposé tous les épisodes en une seule fois. Il a utilisé le principe du Torrent qui est de proposer tout le contenu et Netflix a empoché quelques millions avec cette tactique.

Les données de Netflix montrent que la moitié des spectateurs qui regardent une saison de 22 épisodes le font en une semaine. Netflix a radicalement changé comment nous consommons le contenu audio-visuel et il récolte les fruits de sa politique innovante. Netflix a été lancé depuis seulement 2 ans, mais il consomme le 5e du trafic internet en Angleterre si on en croit un rapport publié par Sandvine.
Bien sûr, Netflix n’est pas le seul à détourner les utilisateurs du pirate avec des services intéressants. Les groupes Sky et Virgin Media empruntent la même voie en modifiant leur Box pour que les spectateurs ne soient pas obligés d’être scotchés aux programmes de TV.

Ainsi, Sky diffuse la série Game of Thrones la nuit suivant sa diffusion aux Etats-Unis et de plus, elle la propose en téléchargement via sa Box. De ce fait, on peut regarder ce contenu sur la TV, mais également sur un Smartphone et une tablette.

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Certains peuvent arguer que les abonnements à ces chaines sont très chers. Mais des alternatives Low Cost débarquent progressivement. Ainsi, Virgin Media propose des abonnements à partir de 12 euros par mois avec une variété de vidéos à la demande sans oublier des dizaines de chaines disponibles.

Et pour couronner le tout, le Chromecast de Google vient juste de placer ses gros sabots en Europe. Et ce Dongle permet d’accéder à des services tels que Netflix, HBO Go et Youtube pour les utilisateurs américains, mais on peut penser que Google va faire de même en Europe.

Est-ce que le piratage est devenu obsolète ?

Le contenu est là et il est disponible à l’international quasiment à la même période. Le prix attire les consommateurs. Spotify propose gratuitement son service pour commencer tandis que Netflix coute de 8 à 10 euros par mois pour un visionnage illimité. Dans le même temps, le prix du matériel est en baisse constante et cela indique que le piratage tel qu’on le connait va disparaître progressivement.

En fait, l’expérience d’utilisateur fournie par Netflix et Spotify surpasse le contenu pirate dans de nombreux aspects. Tout le monde se souvient des films SCR avec leur qualité pourrie tandis que Netflix propose des films en HD en toute légalité à un prix défiant toute concurrence.

Le fait est que la consommation de contenu sur Netflix et des plateformes similaires est plus facile qu’avec le piratage. Avec le bon matériel, vous lancez une série entière en quelques minutes. Si vous voulez télécharger sur The Pirate Bay, vous devez vous protéger avec un VPN ou autre, patienter le temps du téléchargement et ensuite, vous pourrez seulement le visionner avec la qualité qu’on connait.

Par ailleurs, l’organisation du contenu est exceptionnelle sur Netflix. Sur des sites pirates, vous allez vous retrouver avec des noms de fichier inconnus et parfois, les épisodes des séries se mélangent complètement. En revanche, Netflix vous propose une liste explicite de toutes les épisodes et vous savez exactement ce que vous achetez.

Imaginez simplement le processus de téléchargement d’un contenu illégal. Vous cherchez le nom d’un épisode, vous utilisez un logiciel de Torrent qui sera bourré de publicité, vous devrez patienter le temps du téléchargement et vous allez galérer pour les séries les plus populaires à cause du ratio Seeder/Leechers. Par ailleurs, vous ne savez jamais ce que vous téléchargez et vous pourrez vous retrouver avec un fichier rempli de virus.

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Mais les plateformes de Torrent ont un avantage qui ne sera jamais rattrapé par les sites légaux… Vous pouvez trouver tous les contenus imaginables. Le gros problème des services payants est qu’ils suivent la tendance de la masse sur les contenus qu’ils proposent. Ainsi, vous serez bien emmerdé si vous voulez un film très ancien quasiment inconnu.

Les Etats-Unis et l’Angleterre ont déjà décollés… Mais que fout l’Europe ?

Ce tour d’horizon des services payants et leurs croissances ne doit pas nous faire croire que le piratage va disparaître du jour au lendemain. En fait, les bonnes nouvelles nous viennent des USA et de l’Angleterre où il y a eu des entrepreneurs qui ont crus dans ce modèle économique et qui n’ont pas été bloqués par des lois rétrogrades et des Lobbys de merde. La situation en Europe (hors de l’Angleterre) est totalement différente.

Les gouvernements et les décideurs sont englués dans un système de pensée obsolète qui consiste à faire payer pour tout sans la moindre attention aux besoins du consommateur. Et les analyses du trafic internet le prouve. Le trafic du BitTorrent a augmenté de façon exponentielle en Europe de l’est, car ces pays sont marginalisés par Netflix et sa horde sauvage.

Même si ces services payants nous font miroiter un horizon meilleur dans le contenu à la demande, on doit comprendre qu’ils sont aussi le parfait exemple d’un internet et d’un contenu à vitesses multiples. L’internationalisation de Netflix passe uniquement par des pays avec le plus fort pouvoir d’achat impliquant de facto que les consommateurs des pays moins avancés seront toujours obligés de passer par le piratage. Par ailleurs, ce type de service fonctionne uniquement dans les pays où le très haut débit est généralisé et c’est très minoritaire si on compare à l’échelle mondiale.

Le mot de la fin est que les utilisateurs ne sont pas devenus honnêtes, car ils l’ont toujours été. Ils ont été forcés de passer par le piratage, car les autres solutions prônées par les Majors semblaient bien plus criminelles. Une fois que le service était disponible, le piratage a perdu automatiquement son intérêt aux yeux des utilisateurs.

 

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